Les cirques itinérants ne respectent pas la loi concernant les animaux
Animaux dans les cirques: où en sommes-nous?

En 2021, la France a adopté une loi pour interdire, à l’horizon 2028, les animaux sauvages dans les cirques itinérants. Cinq ans après, plusieurs dispositions ne sont pas respectées, malgré les alertes de plusieurs associations.

En 2021, la France adoptait une loi sur la maltraitance animale saluée comme une avancée historique. Celle-ci prévoit l’interdiction des animaux sauvages dans les cirques itinérants dès le 1ᵉʳ décembre 2028. Mais auparavant, depuis 2023, la reproduction ou l’acquisition de nouveaux animaux est interdite. Cinq ans plus tard, la réalité ne suit pas les injonctions légales. Des tigres naissent dans des remorques, un décret d’application n’a toujours pas été publié et le gouvernement envisage d’aider les cirques à se sédentariser pour continuer à détenir des animaux sauvages. One Voice, l’association de protection animale qui suit le dossier depuis des décennies, voit plusieurs obstacles qui empêchent une application efficace des règles adoptées. 

Ce que dit la loi et ce qui se passe vraiment

Sur le papier, le calendrier est clair. Depuis décembre 2023, la reproduction et l’acquisition d’animaux sauvages sont interdites dans les cirques itinérants. En 2028, il en sera de même pour la détention. Les bêtes ne pourront également plus participer aux spectacles. Environ 600 animaux sont concernés, dont près de 400 fauves.

Sur le terrain, One Voice dresse un bilan bien différent. Depuis l’entrée en vigueur de l’interdiction en 2023, l’association a dénombré plus d’une vingtaine de naissances de fauves -notamment des lions et des tigres– dans différents cirques, partout dans l’Hexagone. Ces petits n’auraient pas dû naître et viennent contraindre davantage les capacités d’accueil existantes.

Selon la loi, les sanctions liées à cette interdiction doivent être définies par décret. Or aucun décret n’a été publié à ce jour. Sans texte d’application, les tribunaux ne peuvent ni sanctionner, ni poursuivre. Il leur est impossible d’ordonner la saisie des animaux nés illégalement. Les cirques le savent et en profitent.

En parallèle, le nombre d’infractions documentées explose. La famille Muller, exploitant le Grand Cirque Zavatta, a accueilli trois bébés tigres et acquis deux autruches en 2025. Les autorités l’ont constaté dès octobre, établissant l’infraction. Aucune suite n’a été donnée. En avril, le maire de Fréjus a signalé la découverte de deux lionceaux nés en début d’année au sein du cirque Franco-Belge. Même résultat. Un porte-parole de One Voice résume sobrement: «Nous continuons d’enquêter, d’alerter, de déposer des plaintes, mais les autorités ne suivent pas.»

Le cas de l'éléphante Samba

L’histoire de Samba démontre la fragilité des engagements pris. Capturée au Kenya, elle est la dernière éléphante détenue par un cirque français. Elle a passé toute sa vie à tourner de ville en ville et s’est échappée une fois, tuant un homme. Son dresseur a été condamné par la justice. One Voice la suivait depuis vingt ans et lui avait trouvé une solution de placement en sanctuaire.

Samba a toutefois été vendue à un Safari Park en Hongrie, où elle est désormais contrainte de se produire en spectacle aux côtés d’autres éléphantes d’Asie. Pas de retraite et une vie d’exploitation qui continue sous d’autres latitudes. «Nous craignons que d’autres animaux de cirque ne terminent comme elle», alarme One Voice.

Trop peu de places en refuge

Le gouvernement a prévu 35 millions d’euros pour accompagner la reconversion des cirques. Pour les refuges qui accueilleront les animaux, seuls 4,2 millions d’euros ont été alloués, sans financement de fonctionnement. Neuf projets ont été soutenus via des appels à manifestation d’intérêt lancés en 2022 et 2023, permettant la création de 150 places. Pour un total de 600 animaux.

Certains cirques ont commencé à se dessaisir de leurs animaux au profit de structures adaptées. D’autres les vendent à l’étranger, comme dans le cas de Samba. One Voice pointe une autre difficulté: sans inventaire précis et mis à jour, personne ne sait exactement combien d’animaux restent dans les cirques aujourd’hui. Difficile dans ce contexte d’anticiper les besoins.

Nous continuons d'enquêter, d'alerter, de déposer des plaintes, mais les autorités ne suivent pas.

L’association finance elle-même une partie des solutions. En 2020, elle a obtenu la saisie de cinq lions maltraités au cirque de Paris, dont Jon, mort peu après dans un état dramatique. Les autres lionnes ont été transférées dans un sanctuaire partenaire en Italie. La même année, dix tigres enfermés en permanence dans un camion dans la cour d’une usine désaffectée ont été saisis -la plus grosse saisie de tigres jamais réalisée en Europe. En avril, One Voice a financé le transfert du lion Layish vers un sanctuaire en Afrique du Sud. L’association soutient actuellement la construction d’enclos pour félins dans son sanctuaire partenaire italien.

La porte de sortie du gouvernement

La loi de 2021 ne concerne que les cirques itinérants. Les établissements fixes peuvent, eux, continuer à détenir et présenter des animaux sauvages sous réserve de respecter la réglementation zoo. One Voice a multiplié les alertes concernant cette réglementation qui fait de la sédentarisation un moyen de contournement.

En décembre 2025, cette crainte est devenue réalité. Le gouvernement a annoncé le lancement d’un appel à manifestation d’intérêt pour soutenir les cirques itinérants souhaitant se reconvertir en établissements fixes (et ainsi pouvoir accueillir des animaux sauvages). Le texte officiel est sans ambiguïté: «Les structures actuellement itinérantes pourront proposer un projet de reconversion leur permettant de poursuivre la présentation d’animaux d’espèces non domestiques au public.»

En d’autres termes, des cirques qui ne sont pas autorisés à garder leurs animaux à partir de 2028 pourraient le faire en posant de simples piquets sur un terrain. One Voice qualifie ces structures de « zoos au rabais » et demande au gouvernement d’abandonner ce projet. L’association exige que tous les animaux concernés soient placés dans de véritables sanctuaires, sans exception.

La loi de 2028 existe. À deux ans et demi de l’échéance, il semble que personne ne soit pressé de la faire respecter.

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