En France, on estime à environ 10 kg les déchets de fournitures scolaires produits par élève et par an.
Multipliez ça par les 12 millions d’élèves du primaire et du secondaire, et vous obtenez une montagne de plastique, de métal et de textile dont personne ne parle vraiment. Chaque année, la rentrée est un rituel: les listes, les rayons bondés, les sacs neufs. Et chaque année, une partie de ce qui a été acheté l’an dernier finit à la poubelle, pas parce qu’il ne fonctionne plus, mais parce qu’une nouvelle année a commencé.
Sève a posé cinq questions à Lise et Enzo de m.mme.recyclage, un bureau d’études spécialisé dans le recyclage et la lutte contre le greenwashing.
Que deviennent les fournitures scolaires en fin de vie (stylos, feutres, cartables, trousses)?
Il faut déjà comprendre que chaque objet n’appartient pas à la même catégorie de déchets et ne doit donc pas finir dans la même poubelle. Avant même de parler de recyclage, il y a une première question à se poser: est-ce que cet objet est vraiment en fin de vie? Tout ce qui est encore en bon état peut être donné, revendu, transmis à un frère, une sœur, une cousine. Le meilleur déchet reste celui qu’on ne produit pas.
Pour les objets réellement à jeter, c’est là que ça se complique. Les cahiers vont dans la poubelle papier, alors que les crayons, les règles, les protège-cahiers ou les cartables vont généralement dans les ordures ménagères. À l’inverse, certains produits que l’on considère comme des fournitures sont en réalité des emballages. Un tube de colle ou un ruban correcteur vide peut relever de la collecte des emballages selon sa nature et les consignes locales. Il ne faut donc pas raisonner uniquement par type d’objet. Si on a un doute, le plus simple est d’utiliser l’application Guide du tri. Et surtout, il faut garder en tête qu’un objet recyclable n’est pas nécessairement un objet recyclé.
Sur les étiquettes, comment différencier les preuves de recyclage du greenwashing?
Il faut d’abord différencier l’emballage du produit. On voit beaucoup de fournitures présentées dans un emballage en carton, avec un joli message sur son caractère recyclable, alors que le produit lui-même n’a pas forcément changé. La vraie question est d’abord: est-ce qu’on avait besoin d’emballer ce produit? Ensuite, il faut se méfier des formulations très générales comme “éco-responsable”, “écologique” ou “bon pour la planète”. Une étude menée à l’échelle européenne a montré qu’environ une allégation commerciale environnementale sur deux est mensongère, fallacieuse ou trompeuse.
Une information précise est beaucoup plus intéressante, comme “contient 70 % de plastique recyclé”, par exemple. Là, on sait au moins ce qui est revendiqué et on peut commencer à regarder ce que ça signifie réellement. Mais là encore, recyclé ne veut pas dire automatiquement écologique. Il faudrait regarder la matière utilisée, sa provenance, la proportion de matière recyclée, la durée de vie du produit et ce qu’il pourra devenir en fin de vie. Le bon réflexe est de se demander: qu’est-ce qui est réellement amélioré dans ce produit et est-ce que je peux le vérifier?
Il faut d’abord différencier l’emballage du produit. On voit beaucoup de fournitures présentées dans un emballage en carton, avec un joli message sur son caractère recyclable, alors que le produit lui-même n’a pas forcément changé. La vraie question est d’abord: est-ce qu’on avait besoin d’emballer ce produit? Ensuite, il faut se méfier des formulations très générales comme “éco-responsable”, “écologique” ou “bon pour la planète”. Une étude menée à l’échelle européenne a montré qu’environ une allégation commerciale environnementale sur deux est mensongère, fallacieuse ou trompeuse.
Une information précise est beaucoup plus intéressante, comme “contient 70 % de plastique recyclé”, par exemple. Là, on sait au moins ce qui est revendiqué et on peut commencer à regarder ce que ça signifie réellement. Mais là encore, recyclé ne veut pas dire automatiquement écologique. Il faudrait regarder la matière utilisée, sa provenance, la proportion de matière recyclée, la durée de vie du produit et ce qu’il pourra devenir en fin de vie. Le bon réflexe est de se demander: qu’est-ce qui est réellement amélioré dans ce produit et est-ce que je peux le vérifier?
Existe-t-il des filières de recyclage qui fonctionnent vraiment pour ces produits en France?
Oui, mais elles restent assez limitées et très dépendantes du type de produit. Il existe des dispositifs de collecte spécifiques pour certains instruments d’écriture, comme les stylos, feutres, surligneurs, correcteurs. Il existe également des solutions pour certains produits textiles, qui peuvent être orientés vers le réemploi ou les filières textiles lorsqu’ils correspondent aux consignes de collecte. Mais il faut être vigilant sur un point: collecter ne veut pas forcément dire recycler. Une fois collecté, le produit doit encore être trié, préparé et trouver un débouché pour la matière récupérée.
C’est particulièrement vrai pour les fournitures scolaires, souvent composées de plusieurs matériaux: plastique, métal, caoutchouc, textile, colle. Plus le produit est complexe, plus son recyclage devient compliqué et coûteux. Dans tous les cas, avant de chercher une filière de recyclage, il faut toujours regarder si le produit peut encore être réutilisé.
Qu'est-ce qu'un parent ou un élève peut faire différemment pour réduire l'impact de la rentrée?
Je commencerais par quelque chose de très simple: ne pas considérer la rentrée comme une remise à zéro. Réutiliser, c’est vraiment la première chose à faire. Avant d’acheter une nouvelle trousse, un nouveau cartable ou une nouvelle boîte de crayons, on regarde ce qu’on a déjà. Si le produit fonctionne encore, il n’y a aucune raison de le remplacer simplement parce qu’une nouvelle année scolaire commence. Ensuite, on peut donner, revendre ou récupérer les fournitures encore en bon état. L’occasion est particulièrement intéressante pour les cartables, les calculatrices, certaines trousses et du matériel qui coûte cher. N’hésitez pas à faire du troc ou des tours en recyclerie.
Au moment d’acheter du neuf, je privilégierais surtout la durabilité: un produit qu’on va garder plusieurs années, qu’on peut réparer ou recharger, plutôt qu’un produit simplement présenté comme “écologique”. Il faut aussi accepter de sortir un peu de la logique du “tout neuf, tout beau, tout assorti”. Une règle qui a déjà servi pendant trois ans n’est pas moins efficace qu’une règle neuve.
Et puis il faut remettre les choses à l’échelle. On peut évidemment faire attention à ses fournitures, mais tous les gestes n’ont pas le même impact. Si vous pouvez aller à l’école à vélo plutôt qu’en voiture, ou réduire votre consommation d’aliments d’origine animale, ce sont des changements qui peuvent avoir 100 fois plus d’impact environnemental. L’idée n’est donc pas de culpabiliser les familles sur chaque stylo acheté. C’est plutôt de les sensibiliser sur l’intérêt du repas végétarien au moins une fois par semaine à la cantine, de s’organiser entre parents pour des tournées à vélo pour aller à l’école en toute sécurité, puis de réutiliser ce qui peut l’être, d’acheter moins et mieux quand on doit acheter, et de concentrer ses efforts là où ils ont vraiment un impact.
Est-ce que la question des déchets de fournitures scolaires est un problème de comportement individuel? Les fabricants et les distributeurs ont-ils une responsabilité?
Il faut vraiment sortir de l’opposition entre les deux. Bien sûr, nos comportements ont un impact. Si on achète moins, qu’on réutilise davantage et qu’on conserve ses fournitures plus longtemps, on réduit directement les déchets produits. Mais demander uniquement au consommateur de mieux consommer ne suffit pas. Un parent ne peut pas choisir une filière de recyclage qui n’existe pas. Il ne peut pas non plus réparer facilement un produit conçu pour être jeté.
Les fabricants ont une responsabilité majeure dans la conception des produits: réduire le nombre de matériaux, éviter les assemblages de matière, favoriser la recharge, la réparation, la réutilisation et utiliser des matières recyclées lorsqu’elles sont pertinentes. Les distributeurs ont également un rôle à jouer, notamment dans l’information du consommateur et la mise en place de solutions de reprise. C’est tout l’enjeu de l’économie circulaire: on ne peut pas demander au consommateur de compenser, par ses bons comportements, un système qui continue à produire des objets difficiles à réparer et à recycler.
La rentrée est donc une bonne occasion de faire évoluer les habitudes des familles, mais surtout de questionner la manière dont les fournitures sont conçues et mises sur le marché, en étant bruyant sur les réseaux sociaux pour demander plus de rechargeable, de réparable et moins d’emballages inutiles.
