Les forêts se détériorent. Interview avec Coeur de Forêt
Forêts françaises: «Les arbres sont plus fragiles, ils résistent moins bien»

La mortalité des arbres en France a augmenté de 125% en dix ans, selon les données de l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN). Derrière ce chiffre, des forêts dépérissent, des propriétaires sont démunis et des choix de gestion engagent l’avenir pour plusieurs générations. Cœur de Forêt accompagne depuis des années des propriétaires forestiers sur le terrain pour préserver et restaurer des forêts françaises. Nous leur avons posé cinq questions.

Sur le terrain, est-ce que vous observez la dégradation des arbres?

Oui, très clairement. Ce que montrent les chiffres nationaux, nous le voyons chaque jour sur le terrain: les forêts françaises sont sous pression. Les arbres sont plus fragiles, ils résistent moins bien aux sécheresses répétées, aux fortes chaleurs, aux maladies et aux ravageurs. Il y a des régions où les mortalités sont très fortes et peuvent s’expliquer par des choix de gestion d’il y a plusieurs dizaines d’années. C’est le cas des scolytes qui ravagent les épicéas. Dans d’autres zones comme la Dordogne avec le châtaignier, ce sont des arbres épuisés après plusieurs cycles de coupe rase.

Dans certains cas, les arbres dépérissent beaucoup plus vite que prévu car ils sont soumis à des variations climatiques trop extrêmes. Mais une forêt qui dépérit, ce n’est pas seulement des arbres qui meurent. C’est tout un écosystème qui perd en équilibre: des sols qui s’appauvrissent, une biodiversité qui recule, une régénération naturelle qui devient plus difficile. Alors qu’une forêt en bonne santé sera plus outillée pour surmonter les épreuves. Aujourd’hui les épisodes de stress climatiques répétés fragilisent cette capacité de résilience.

Dans les projets que nous accompagnons, nous rencontrons des propriétaires qui voient leur forêt changer rapidement: des arbres qui poussent moins bien, des peuplements qui vieillissent sans réussir à se renouveler, des choix de gestion qui deviennent de plus en plus complexes. C’est pourquoi le moment est venu d’aider les propriétaires à comprendre leur forêt et à agir avant qu’il ne soit trop tard.

Planter des arbres suffit-il vraiment quand les forêts existantes dépérissent?

Planter des arbres est parfois nécessaire, mais planter n’est pas une solution miracle. Une forêt est un écosystème complexe, avec des sols, de l’eau, des espèces animales et végétales, des champignons et des interactions qui prennent des décennies à se construire.

Notre approche consiste d’abord à prendre soin des forêts qui existent déjà. Avant de planter, il faut comprendre: quel est l’état du sol? Quelles essences sont présentes? Qu’est-ce que la nature est déjà capable de faire seule? Nos techniciens forestiers ont tous le même dicton: « Planter c’est se planter ». Une forêt en bonne santé est capable de se régénérer toute seule et transmettra à sa descendance des gènes adaptés à son territoire.

Cette régénération n’est pas toujours possible: dans des forêts plantées en monoculture, une densité d’arbres trop forte empêche la lumière de pénétrer dans les sous-bois. Sans lumière, la nouvelle génération d’arbres ne peut pousser. Les forestiers sont aussi très inquiets de la pression exercée par les chevreuils et les cerfs qui, faute de prairies disponibles, viennent se nourrir des pousses de jeunes arbres.

Notre enjeu est de diversifier les essences et d’accompagner le propriétaire vers un mode de gestion moins intensif, où l’on ne pratique plus de coupes rases mais une récolte de quelques arbres pour favoriser le renouvellement naturel. Nous intégrons aussi dans nos actions les milieux plus ouverts —notamment les prairies— car ils servent d’alimentation pour la faune et peuvent jouer le rôle de pare-feu. Pour nous, une forêt résistante rime avec forêt diversifiée et mosaïque de paysages.

Face au changement climatique, comment choisit-on les essences qu'on plante aujourd'hui pour qu'elles tiennent dans 50 ans?

C’est toute la difficulté: nous devons prendre des décisions aujourd’hui pour un climat qui sera différent dans plusieurs décennies. Il n’existe pas d’essence miracle capable de résister seule à tous les bouleversements à venir.

La clé, c’est la diversité. Une forêt composée de plusieurs essences, de différents âges et entourée d’un cortège d’insectes, d’oiseaux et de mammifères aura davantage de chances de s’adapter aux changements futurs.

Nos choix reposent sur l’observation du terrain, la connaissance des sols, du climat local et du fonctionnement des écosystèmes. Par exemple, à certains endroits dans le Lot, nos équipes choisissent de favoriser l’érable de Montpellier, un arbre qui remonte progressivement naturellement du sud de la France où il est habitué aux épisodes de chaleur. Face à l’incertitude climatique, notre meilleure stratégie est de ne pas mettre tous nos œufs dans le même panier: favoriser la diversité, c’est donner plus de possibilités à la forêt de trouver son équilibre demain.

Qu'est-ce que les particuliers et les entreprises qui soutiennent Cœur de Forêt financent concrètement?

Soutenir Cœur de Forêt, ce n’est pas simplement financer un arbre planté. C’est donner les moyens d’accompagner toute une transformation de la gestion forestière.

Concrètement, les dons permettent de financer des actions qui se déroulent bien avant et bien après une plantation: réaliser des diagnostics forestiers, accompagner les propriétaires avec des conseils de gestion, sensibiliser le grand public à la préservation de nos forêts. Mais aussi créer du lien entre tous les acteurs du territoire pour permettre une gestion raisonnée, avec une valorisation du bois en circuit court.

La majorité des propriétaires forestiers n’ont pas les connaissances ou les ressources nécessaires pour faire les bons choix face aux enjeux du changement climatique. En France, seulement 2% d’entre eux ont reçu une formation à la gestion forestière. Notre mission est de les accompagner pour qu’ils deviennent de véritables acteurs de la transition forestière. 

Si vous deviez expliquer à quelqu'un pourquoi l'état des forêts françaises est préoccupant, vous lui diriez quoi?

Je lui dirais que la forêt est l’une de nos plus grandes alliées au quotidien et pour le futur. Une forêt en bonne santé protège nos ressources en eau, stocke du carbone, rafraîchit les territoires, limite l’érosion des sols, accueille une immense biodiversité et contribue à notre qualité de vie. Un sujet plus que jamais d’actualité après les épisodes caniculaires que l’on a subis en France.

Le sujet nous concerne tous parce que la forêt française est majoritairement privée et très morcelée. En France, c’est 1 Français sur 20 qui possède une forêt. Des milliers de propriétaires prennent aujourd’hui des décisions qui auront un impact pendant plusieurs générations. Ils manquent parfois d’accompagnement pour faire face à des enjeux qu’ils n’avaient jamais rencontrés auparavant.

C’est là que chacun peut agir. En soutenant Cœur de Forêt, on ne protège pas seulement des arbres : on aide à construire des forêts plus vivantes, plus résilientes et mieux préparées aux défis de demain.

Soutenir Cœur de Forêt

Toutes les actions menées dépendent avant tout des dons des particuliers et des entreprises qui choisissent d’agir concrètement pour préserver les forêts de leur territoire. Chaque don  permet d’accompagner davantage de propriétaires, de restaurer davantage de forêts et de construire, pas à pas, des territoires plus résilients.

Vous pouvez soutenir Cœur de Forêt dès aujourd’hui en faisant un don libre via ce formulaire.

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