Ces petits gestes qui peuvent aider à agir pour le climat… ou pas
Ces petits gestes qui peuvent aider à agir pour le climat… ou pas

À l’échelle individuelle, des petits gestes du quotidien comptent pour agir en faveur du climat. Alors que l’été en cours montre à quel point le changement climatique nous dépasse, lumière sur ces actions individuelles qui comptent vraiment… et celles qu’on peut oublier rapidement.

Faire pipi sous la douche ne sauvera pas le climat

Il y a un geste qu’on nous présente parfois comme un acte écologique: faire pipi sous la douche pour économiser une chasse d’eau. Environ six litres d’eau pour être précis. Mais un Français émet en moyenne entre 9 et 10 tonnes de CO2 par an, alors que l’objectif fixé par l’Accord de Paris est de 2 tonnes. L’écart est colossal. Tenter de le minimiser à coups de petits gestes revient à vouloir vider une baignoire avec une cuillère à café.

Ça ne veut pas dire que les gestes du quotidien ne comptent pas. Ça veut dire qu’on nous a appris à regarder au mauvais endroit.

Le mythe du petit geste qui change tout

En 2019, le cabinet de conseil Carbone 4 publiait une étude devenue référence: « Faire sa part ». Le constat est sans appel: si un Français adopte tous les écogestes classiques comme éteindre les lumières, trier ses déchets, prendre des douches plus courtes ou acheter des produits locaux cela permet de réduire son empreinte carbone de 5 à 10%. Ce qui reste largement insuffisant face à un objectif qui demande de diviser notre empreinte par cinq.

Selon l’étude, plus de la moitié de la réduction est aux mains des entreprises et de l’État. Les décisions concernant les infrastructures de transport, le mix énergétique, la rénovation thermique des bâtiments ou la politique agricole se prennent à une échelle que le geste individuel ne peut pas atteindre. Ce n’est pas une raison de baisser les bras, mais il est important de distinguer ce qui relève de l’action individuelle ou du politique.

L’écologie du petit geste a aussi un effet pervers. Elle donne bonne conscience sans réellement changer les choses. Elle permet aux entreprises de reporter la responsabilité sur les individus, un mécanisme bien documenté et popularisé notamment par BP. Le géant du pétrole a lancé le concept de « carbon footprint » individuel au début des années 2000 pour détourner l’attention de ses propres émissions.

Alors, qu'est-ce qui marche vraiment?

La réponse est moins romantique que trier ses déchets, mais elle a le mérite d’être claire. Transports, logement et alimentation représentent environ 75% de l’empreinte carbone individuelle en France. 

Pour réduire son empreinte, un choix conscient des moyens de transport utilisés est essentiel. La voiture individuelle thermique est le premier poste d’émissions dans la vie quotidienne d’un Français. À l’échelle des émissions par trajet, l’avion dépasse toutes catégories: un aller-retour Paris-New York émet l’équivalent d’une année de chauffage. Limiter les vols, se tourner vers le train, réduire l’usage de la voiture quand des alternatives existent: ce sont des décisions parfois inconfortables, mais qui pèsent vraiment dans la balance.

L’impact de l’alimentation peut également être réduit. Il représente environ un quart de l’empreinte carbone d’un Français. Limiter la viande rouge reste le principal levier d’action: passer d’un régime riche en viande à un régime végétarien permet de réduire son empreinte alimentaire de près de 1,2 tonne de CO2 par an. Aucune obligation de tout abandonner du jour au lendemain. Mais remplacer progressivement la viande rouge, plusieurs fois par semaine, compte vraiment.

Au niveau du logement, plusieurs points sont à observer. Isolation, mode de chauffage, température: ce sont les postes sur lesquels on a le moins de flexibilité à court terme et rénover un appartement ne se décide pas en une soirée. Pourtant, c’est sur ces aspects que l’impact se mesure, sur la durée. Le simulateur Nos Gestes Climat de l’ADEME permet de calculer son empreinte personnelle et d’identifier précisément ses postes prioritaires.

Agir individuellement et collectivement

Il existe toutefois un piège dans ce débat. D’un côté, certains pensent que les petits gestes suffisent. De l’autre, beaucoup concluent que puisque l’État et les entreprises portent l’essentiel de la responsabilité, ça ne sert à rien d’agir à titre personnel. 

Les comportements individuels ont une influence sur les marchés. Quand la demande de viande baisse, les filières s’adaptent. Quand les vols se remplissent moins, les compagnies ajustent leur offre. Ce n’est pas magique, ni rapide. Mais dire que le choix de l’individu ne compte pas du tout, c’est ignorer comment fonctionnent les économies de marché. Surtout, l’action individuelle et la pression collective sont intimement liées. Quelqu’un qui réduit sa consommation de viande et abandonne l’avion a plus de chances d’exiger des politiques cohérentes avec ses choix. Le comportement personnel et l’engagement politique se nourrissent mutuellement.

Ce que pointe l’étude de Carbone 4 –et peut-être son message le plus importantc’est que même en activant tous les leviers personnels et collectifs, l’objectif des 2 tonnes sera difficilement atteint sans une transformation systémique profonde. 

Alors non, faire pipi sous la douche ne sauvera pas le climat. Mais choisir de prendre le train plutôt que l’avion pour les vacances, manger moins de viande rouge et exiger des politiques de rénovation thermique ambitieuses, ça, ça a déjà plus d’impact.

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